La rage documentée

En préparant ma venue au 23ème Festival du Film Fantastique de Gérardmer, auquel je viens pour la première fois,  je suis surprise qu’il y ait des documentaires dans la programmation… Et comme je dois avouer que je ne suis pas une grande fanatique de films fantastiques, mais plutôt simplement curieuse, je me dis que voici une bonne porte d’entrée vers cet univers pour moi.

Arrivée sur place, l’ambiance s’impose : le grand lac aux brumes mystérieuses, les ruelles balayées par la pluie et la tempête. Une fois réfugiée dans les fauteuils usés mais cossus de la salle Paradiso, je n’ai plus qu’à attendre le début du film avec un public très mixte, de tout âge et de tout style, bon enfant. Dès l’apparition du court film d’introduction du festival, les cris de sorcières et les hurlements de loup-garous fusent de toutes parts dans la salle !

Puis, les rideaux de velours rouges donnent le cadre du film documentaire  « La rage du démon ». Il s’agit d’une enquête sur le film éponyme qui est attribué à Georges Méliès, cinéaste français du XXème siècle.

Plusieurs projections de ce film auraient causé des scènes d’émeutes parmi les spectateurs. La dernière aurait eu lieu à Paris en juillet 2012 au musée Grévin. Ce qui peut sembler un immense gag est néanmoins crédibilisé par une suite d’entretiens de témoins et de spécialistes divers : journalistes, cinéastes, historiens, experts et psychologues.

Fabien Delage réalise là une enquête fascinante sur l’histoire de l’art de Méliès, mêlant prestidigitation, illusions et les premiers effets spéciaux cinématographiques (on lui doit « Le voyage sur la lune ») et de l’un de ses disciples, Victor Sartorius, qui aurait été lié au milieu spirite. Les hypothèses et les rebondissements ne manquent pas… nourrissant les fantasmes les plus fous sur ce film légendaire.

L’ambiance dans la salle atteint son sommet quand une psychologue explique que le phénomène d’hystérie collective peut apparaître dans un lieu anxiogène, comme une salle sombre de cinéma, et suite à un élément déclencheur… Et voilà que soudain, une chaise de bois décide de grincer : les rires crispés se font entendre ! Le public a bel et bien été transporté par cette enquête.

Cette expérience m’a donnée envie de découvrir le travail de Fabien Delage, qui agit sous le pseudonyme de « The Wondermaker » pour le cinéma et la télévision. À côté de « La Rage du démon », il a réalisé la série documentaire « Dead Crossroads » (Saisons 1 & 2) et termine actuellement le montage de « Cold Ground », un long métrage d’horreur : qui sait, peut-être vais-je finir par devenir fan de fantastique finalement?

Mélanie Petton

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